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2 avril, journée de l'autisme

Le 2 avril 2016, 13:00 dans Humeurs 0

Bonjour. Aujourd'hui, 2 avril, c'est la journée mondiale de l'autisme. En 2012, l'autisme était aussi grande cause nationale. Et pourtant, rien n'a changé.

Les perceptions du monde, surtout en France, n'évoluent pas. Nous sommes en retard sur nombre de pays. On trouve encore des médecins, des professionnels qui cataloguent encore l'autisme dans les maladies mentales. On trouve encore en 2016 des personnes pour accuser la mère d'être responsable de l'autisme de l'enfant. On trouve encore des soi-disant thérapeutes qui utilisent des méthodes barbares pour "guérir de l'autisme".

Que les choses soient claires. On ne guérit pas de l'autisme. Personnellement, je ne veux pas guérir. L'autisme fait partie de moi comme le non autisme fait partie d'autres personnes. Voudraient-il guérir de leur non autisme comme le demandait si justement Josef Schovanec?

Acceptez-nous comme nous sommes. Avec nos bizarreries, nos différences, nos ressemblances avec vous. Vous ne nous comprenez pas, mais nous avons toutes les difficultés du monde à vous comprendre aussi, pourtant, nous essayons. Nous nous adaptons à votre monde, comme des étrangers ne parlant pas votre langue, ne partageant pas votre culture, mais qui cherchent quand même à apprendre tous les jours un peu plus.

Comprenez que les personnes avec autisme sont aussi des personnes, avec des désirs, des passions, des rêves. Non, nous ne sommes pas des robots sans émotions, sans sentiment, sans sensibilité. Au contraire. Notre sensibilité est plus forte, nos émotions nous submergent tellement parfois que cela déborde dans des crises de grand désespoir, de colère incontrôlable ou de joie trop démonstrastive. Nous fonctionnons juste différemment.

Et quand nous voyons de grandes affiches "Vaincre l'autisme" étalées partout, que pensez vous que nous ressentons? Le rejet! On veut nous vaincre. On veut vaincre cette partie de notre personnalité, de ce qui fait que nous sommes nous. On veut formater notre cerveau pour qu'il entre dans la norme. Si vous pensez carré et que nous pensons ovale, où est le mal?

Ne chechez pas à vaincre l'autisme. Cherchez à ouvrir le monde aux personnes avec autisme et elles seront plus à l'aise avec vous. 

Ouvrez le regard de vos enfants, et peut être que l'enfant solitaire de la cour de récréation dont tout le monde se moque sera un ami fidèle pour la vie.

Ouvrez le monde...

La Maternelle, le début du cauchemar

Le 23 mars 2016, 13:06 dans Humeurs 0

La première fois qu'on m'a conduite à l'école maternelle, j'ai du, à ma grande déception, rentrer chez moi: cette année là, il n'y avait pas de place pour moi. Je suis donc entrée directement en moyenne section l'année d'après. Ma famille m'avait prévenue que les enfants allaient pleurer, car "ce sont des bébés et toi tu es une grande fille, donc tu ne pleureras pas". En effet, je n'ai pas pleuré, mais cela a induit en moi un sentiment que les autres étaient vraiment des idiots de pleurer pour aller à l'école. 

La première année, je suis tombée sur un maître d'école qui m'était hautement antipathique. Les seuls souvenirs qui restent de cette année là, sont la lecture des contes qu'il nous faisait à haute voix et qui restent l'un des moments où les enfants sont le plus calme. Je me souviens que je détestais ce professeur car je trouvais qu'il n'avait rien à nous apprendre.

L'année suivante, j'ai eu droit à une institutrice gentille, mais je m'ennuyais tout autant dans sa classe.

S'il y avait bien un moment que je détestais, à l'école maternelle, c'était la récréation. Trop d'enfants qui couraient partout, trop de cris, trop de jeux violents, trop de jeux sociaux auxquels je ne comprenais rien.

Je passais donc toutes les récréations cachée derrière un mur attendant que le cauchemar se termine. Je m'enfermais dans un bulle protectrice et si jamais, un rare élève venait m'inviter à jouer, je déclinais l'invitation: je ressentais ça comme une invasion dans mon monde, une agression. Inutile alors de préciser que je n'avais pas d'amis.

Je ne connaissais personne et je ne voulais connaitre personne, à part ma cousine, une année de moins que moi. Combien de fois ai-je pris l'initiative d'aller dans sa classe plutôt que la mienne? Elle était la seule connaissance de confiance que j'avais alors. On me ramenait illico presto dans ma propre classe et j'étais de nouveau une exilée silencieuse.

Enfant trop sage à l'école, les professeurs n'ont jamais remarqué que cela cachait quelque chose de plus profond. Je ne parlais que si on m'interrogeait, je ne bougeais pas de ma place, sauf si on me le demandait. Je crois que la seule chose qui m'empêchait de passer pour une demeurée était le fait que j'étais en avance pour mon âge.

Arrivée en maternelle, je savais déjà lire et écrire et je n'admettais pas qu'on me demande de signer mes dessins d'un tampon orné d'une cerise alors que je savais écrire mon nom. Je m'entêtais à le faire, la maîtresse me grondait à chaque fois et alors, dans ma tête c'était le drame: je m'appelais Anne, pas Cerise. J'avais peur de donner mon opinion à ce sujet donc je m'enfonçais encore plus dans mon silence.

J'accumulais des frustrations scolaires qui se traduisaient à la maison par des crises de colère. Je sais aujourd'hui que cela s'appelle surcharge émotionnelle. J'y reviendrais dans un autre post.

Pourquoi m'a t-on laissé en maternelle? Ma mère me dit qu'à l'époque, on ne faisait pas sauter de classe les enfants précoces. Que tout le monde savait que je n'avait pas ma place en maternelle, mais qu'on y pouvait rien. Et encore, j'ai eu de la chance d'y être entrée directement en moyenne section: j'ai donc passé un an de plus à la maison, car il n'y avait pas de place l'année d'avant pour moi.

 

Image Sarah Kay

Vue d'ensemble... regard des autres

Le 15 mars 2016, 11:44 dans Humeurs 0

Quand j'annonce à quelqu'un que je suis autiste Asperger, j'ai droit à un florilège de réaction.

La première est généralement le déni: le dé-diagnostique. "Tu ne peux pas être autiste, tu es normale, tu parles, tu conduis, tu as un métier." C'est étonnant le nombre de spécialistes de l'autisme que l'on peut rencontrer chez monsieur et madame tout le monde! C'est, je crois, la réaction qui me met le plus hors de moi. J'ai tant lutté, tant souffert pour enfin découvrir ce que je suis que le déni a le don de m'enrager. M'enlever cette identité, c'est renier ce que je suis. C'est me vouloir différente de celle  que je suis.

Vient ensuite: "Ah oui? Bon c'est vrai, t'es un peu bizarre, des fois, ça s'explique. Alors, tu es un génie? tu peux réciter les décimales de PI?" Ben non, je ne sais pas, je suis nulle en maths. Chaque Aspie est différent, comme chaque neurotypique est différent. Il y a certes des génies, parmi nous. Mais la plupart d'entre nous ont une certaine normalité intellectuelle. Personnellement, je jouis d'une excellente mémoire, je peux réciter des conversations entendues avec la précision d'un magnétophone. J'ai une passion pour les mots, la mythologie et le théâtre. Je peux en parler pendant des heures, quitte à souler mes interlocuteurs. 

L'autiste Asperger moyen est encore plus difficilement reconnu que la presse a tendance à présenter au public les cas extrêmes, les génies. Les autres sont oubliés, au point que récemment, j'ai entendu ma propre soeur me dire qu'elle doutait du diagnostique, car elle avait vu un reportage qui disait que les Aspies sont forcément des surdoués des sciences.

D'où ce blog: vous raconter une autre vision. Vous raconter le quotidien, les joies et les difficultés. Non, les autistes ne sont pas dépourvus de sentiments. Non, ils ne manquent pas d'humour. Non, ce ne sont pas des personnes à cacher, à enfermer. Souvent, pour ne pas passer pour des êtres encore plus différents, ils cachent leur autisme aux yeux des autres...

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