Bien entendu, je raconterai au fur et à mesure les tribulations de mon enfance et de l'âge adulte qui m'ont poussée à me demander pourquoi j'étais si différente des autres. Les Autres, c'étaient comme des habitants d'une autre planète pour moi.

Cette impression s'est renforcée alors que j'approchais de la trentaine. J'étais dans une période très dépressive, pendant laquelle je me renfermais de plus en plus. Ma famille s'inquiétait, moi j'étais indifférente. On m'a incitée à aller voir des psychiatres, parce que je devenais de plus en plus sauvage, que je ne m'accrochais qu'à mon univers familier au point de ne plus vouloir sortir de chez moi. 

La foule me paralysait (c'est toujours le cas). Je ne voulais plus voir d'étrangers. Je ne voulais pas voir de psychiatre, mais à l'insistance de mes proches, j'ai essayé. Je ne trouvais rien de concluant, lui non plus. Phobie sociale, et point barre.

Alors, je lisais. Je dévorais livre sur livre. Et je suis tombée sur Le Miroir de Cassandre de Bernard Werber. Son héroïne était une autiste verbale. Je n'en avais jamais entendu parler alors je suis allée me renseigner. 

L'illumination: j'ai découvert le Syndrome d'Asperger. Plus je lisais, plus j'avais l'impression de découvrir de quelle planète j'étais tombée quand j'étais bébé. Je me reconnaissais enfin. Je n'étais plus seule, il en existait d'autres comme moi! 

J'ai passé un Aspie-Quiz sur Internet et j'étais largement dans les cadres de l'autisme.

Malgré les réticences de l'entourage (mais  non, tu ne peux pas être autiste!) j'ai pris rendez vous dans un Centre de Recherches sur l'Autisme, et après des mois d'attente j'ai eu mon rendez vous.

Premier rendez vous, seule. J'expose mon cas aux professionnels présents, qui prennent des notes, m'interrogent. A la fin, ils me demandent de venir une prochaine fois avec ma mère.

Nous y sommes allées, elle était interrogée à part sur mon enfance, moi dans une autre salle, à faire des tests.

Le lendemain, j'y suis retournée pour d'autres séries de tests. Quelques semaines plus tard, je devais recevoir les résultats.

Mon intuition ne m'avait pas trompée. J'étais bien une Autiste de Haut Niveau. Atteinte du Syndrome d'Asperger.

Quel soulagement! Non, je n'étais pas folle, j'avais juste un cerveau configuré différemment. J'avais enfin une vraie place à moi dans ce monde. Mes excentricités avaient une explication. Ma phobie sociale avait un nom. Ma Bulle avait tout lieu d'être.