Quand j'annonce à quelqu'un que je suis autiste Asperger, j'ai droit à un florilège de réaction.

La première est généralement le déni: le dé-diagnostique. "Tu ne peux pas être autiste, tu es normale, tu parles, tu conduis, tu as un métier." C'est étonnant le nombre de spécialistes de l'autisme que l'on peut rencontrer chez monsieur et madame tout le monde! C'est, je crois, la réaction qui me met le plus hors de moi. J'ai tant lutté, tant souffert pour enfin découvrir ce que je suis que le déni a le don de m'enrager. M'enlever cette identité, c'est renier ce que je suis. C'est me vouloir différente de celle  que je suis.

Vient ensuite: "Ah oui? Bon c'est vrai, t'es un peu bizarre, des fois, ça s'explique. Alors, tu es un génie? tu peux réciter les décimales de PI?" Ben non, je ne sais pas, je suis nulle en maths. Chaque Aspie est différent, comme chaque neurotypique est différent. Il y a certes des génies, parmi nous. Mais la plupart d'entre nous ont une certaine normalité intellectuelle. Personnellement, je jouis d'une excellente mémoire, je peux réciter des conversations entendues avec la précision d'un magnétophone. J'ai une passion pour les mots, la mythologie et le théâtre. Je peux en parler pendant des heures, quitte à souler mes interlocuteurs. 

L'autiste Asperger moyen est encore plus difficilement reconnu que la presse a tendance à présenter au public les cas extrêmes, les génies. Les autres sont oubliés, au point que récemment, j'ai entendu ma propre soeur me dire qu'elle doutait du diagnostique, car elle avait vu un reportage qui disait que les Aspies sont forcément des surdoués des sciences.

D'où ce blog: vous raconter une autre vision. Vous raconter le quotidien, les joies et les difficultés. Non, les autistes ne sont pas dépourvus de sentiments. Non, ils ne manquent pas d'humour. Non, ce ne sont pas des personnes à cacher, à enfermer. Souvent, pour ne pas passer pour des êtres encore plus différents, ils cachent leur autisme aux yeux des autres...